Les semences de la destruction


Le lancement de la révolution génétique fut financé par la fondation Rockefeller en 1985, laquelle avait pour objectif de déterminer si les plantes transgéniques étaient commercialisables et, le cas échéant, de les répandre dans le monde entier. C'était l'avènement, selon William Engdahl du "nouvel eugénisme", et l'aboutissement de recherches menées pendant les années 30. Il reposait également sur l'idée que les problèmes humains peuvent être "résolus par des manipulations génétiques et chimiques (...) qui constituent les instruments souverains du contrôle social et de l'ingénierie sociale". C'était là le but poursuivi par les scientifique de la fondation en réduisant l'infinie complexité du vivant à des "modèles simples, déterministes et prédictifs". Leur objectif était diabolique : il s'agissait de cartographier les structures des gènes afin de "remédier aux problèmes sociaux et moraux, notamment le crime, la pauvreté, la faim et l'instabilité politique". La mise au point de techniques d'ingénierie génétique majeures en 1973 les rapprocha de leur but.
Ces techniques consistaient à produire de l'ADN recombiné en introduisant dans les plantes et des animaux un ADN étranger, afin de créer des organismes génétiquement modifiés (OGM). des techniques qui ne sont pas sans risque. Ce sont les imprécisions du processus qui les rendent dangereux, comme l'expliquent le Dr Mae-Wan Ho, qui dirige le département de biologie du London Institute Of Science in Society :
Il n'est ni contrôlable, ni fiable et finit habituellement par endommager et brouiller le génome hôte, les conséquences étant dès lors absolument imprévisibles".
et susceptibles d'aboutir à un scénario fatal digne du mystère Andromède, film de science-fiction de Robert Wise.
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Christian VELO*,
Lanceur d'alertes.
* Docteur en biologie, enseignant chercheur en génétique moléculaire à l'Université Paris-Sud, depuis 2002 responsable d'une équipe de recherche à l'Institut de Génétique et microbiologie (CNRS-Université) sur le Centre Scientifique d'Orsay. Animateur de nombreuses conférences grand public sur la problématique des OGM, et à ce titre considéré comme un "lanceur d'alertes".
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L'exemple du riz transgénique
L'un des projets devait permettre de cartographier le génome du riz. Pendant dix-sept ans, la fondation Rockefeller assura la promotion du riz transgénique dans le monde et consacra des millions de dollars au financement de quarante-six laboratoires scientifiques dans divers pays. Elle accorda également des centaines de bourses d'études et créa une "fraternité d'élites" de chercheurs scientifiques de haut niveau employés par les instituts de recherche soutenus par la fondation. Ce plan diabolique avait un objectif ambitieux : contrôler les aliments de base de 2,4 milliards de personnes, en détruisant au passage la diversité biologique de plus de 140 000 variétés développées, capables de résister aux sècheresses, aux insectes nuisibles, et de s'adapter à tous les climats.
L' Asie était la cible principale, ce qu'Engdahl illustre par la sinistre histoire de l'Institut international de recherche sur le riz (IIRR). La génothèque de cet institut, situé aux Philippines et financé par la fondation, contenait les gènes de "toutes les variétés importants de riz connues", soir un cinquièmes des variétés existantes. L'IIRR permit aux géants de l'agrobusiness d'utiliser exclusivement et illégalement ces semences afin de les modifier génétiquement et de les breveter. Le but était d'introduire ces OGM sur certains marchés puis d'en prendre le contrôle, en contraignant les agriculteurs à acquérir une licence qui les oblige à payer une redevance annuelle.
L'escroquerie du "riz doré"
En 2000, fut mis au point un "riz doré" enrichi en bêta-carotène (précurseur de la vitamine A). Selon un argument de vente frauduleux, ce riz, consommé à raison d'un bol par jour, aurait permis de prévenir la cécité et d'autres affections dues à des carences en vitamines A. Il s'agissait d'une escroquerie, car il aurait fallu consommer 9 kg par jour pour que l'apport en bêta-carotène soir suffisant. Il existe en outre de bien meilleures sources de ce nutriment...Les commanditaires de la révolution génétique étaient néanmoins prêts pour l'étape suivante : "le renforcement du contrôle global de l'approvisionnement alimentaire de l'humanité" .Ils disposaient désormais d'un nouvel instrument : l'Organisation mondiale du commerce. Les géants économiques en ont établis les règles en leur faveur, au détriment et à l'exclusion des nations en voies de développement.
OGM : cap sur l'Argentine :
A la fin des années 80, un réseau mondial de biologistes moléculaires formés en ingénierie génétique était prêt à lancer la deuxième révolution verte. L'Argentine serait le premier laboratoire, la première "nation cobaye" à subir une expérience hasardeuse et les effets de nouveaux aliments non testés et potentiellement dangereux.
L'Argentine devient une cible facile lorsque Carlos Menem fut élu président en juillet 1989. Elève zélé du consensus de Washington, il était l'homme d'Etat idéal pour les corporatistes, et avait même laissé les amis de David Rockefeller à New-York et Washington dresser l'ébauche de son programme économique selon le dogme de l'école de Chicago : privatisation, dérèglementation, ouverture des marchés nationaux aux importations, et diminution du budgets déjà réduit alloués aux services sociaux.
L'Argentine constituait dès 1991 un "laboratoire expérimental secret où l'on développait cultures transgéniques". L'agriculture du pays avait été confiée de fait à Monsanto, Dow, DuPont, et à d'autres grands semenciers transgéniques afin qu'ils l'exploitent pour leur profit. Rien ne serait plus jamais comme avant. Vers le milieu des années 90, Menem "révolutionnait l'agriculture de production traditionnelle de l'Argentine" pour en faire une agriculture basée sur la monoculture et vouée à l'exportation.. Entre 1996 et 2004, la surface des cultures OGM dans le monde fut multipliée par 40 pour atteindre 167 millions d'acres, occupant ainsi 25% des terres arables de la planète. Les deux tiers de cette superficie - 106 millions d'acres, soit 43 millions d'hectares - se trouvaient aux Etats-Unis.
En 2004, l'Argentine occupait le deuxième rang, avec 34 millions d'acres, soit 14 millions d'hectares, tandis que les surfaces augmentaient au Brésil, en Chine, au Canada, en Afrique du Sud, en Indonésie, en Inde, aux Philippines, en Colombie, au Honduras, en Espagne et en Europe de l'Est (Pologne, Roumanie et Bulgarie). La révolution avait le vent en poupe, au point qu'il semble à présent impossible de l'arrêter.



Le soja Roundup Ready :
En 1995, Monsanto mit sur le marché le soja Roundup Ready (RR), qui contenait une bactérie spéciale, incorporée aux chromosomes de la plante grâce à un canon à gènes, et permettant à la plante de survivre à la pulvérisation de Roundup. Ce soja transgénique résiste donc au Roundup, dont le principe actif herbicide est le glyphosate, et qui est utilisé en Colombie pour éradiquer les cultures illicites alors qu'il a des effets désastreux sur les autres cultures et sur la population des zones fumigées.
Une fois le soja RR autorisé par la Food and Drug Administration (FDA, organisme de surveillance des aliments et des médicaments aux Etats-Unis) en 1996, l'Argentine passa "d'une agriculture familiale de production à un système néo-féodal dominé par une poignée de riches et puissants propriétaires" qui en tirèrent profit. Menem ne s'en tint pas là. En moins d'une décennie, il avait permis que la diversité agricole de son pays - blé, maïs et bétail - fût remplacée par une monoculture contrôlée par les grands semenciers.
Grâce à cette trahison digne de Faust, le cours des actions de Monsanto atteignit un pic historique à la fin de 2007. Alors que des décennies de diversité agricole et de rotation des cultures avaient préservés la qualité des sols, l'arrivée de la monoculture de soja, qui nécessitait l'emploi intensif d'engrais chimiques, bouleversa cet équilibre. Les cultures traditionnelles locales disparurent, et le bétail fut désormais enfermé, comme aux Etats-Unis, dans des parcs d'engraissement exigus. Engdahl cite un agro-écologiste éminent selon lequel ces pratiques, si elles se poursuivent, détruiront la terre en cinquante ans. Rien ne laisse à penser qu'il en sera autrement.
Des centaines de milliers de paysans ruinés :

La crise économique qui sévit en Argentine à la fin des années 90 et au début des années 2000 entraîna la faillite d'agriculteurs contraints de brader leurs exploitations., D'immenses étendues de terre supplémentaires se trouvèrent ainsi disponibles, ce dont les prédateurs affairistes et les propriétaires latifundiaires profitèrent pleinement. Du fait de la monoculture du soja transgénique, les élevages laitiers du pays furent réduits de moitié et des "centaines de milliers de travailleurs agricoles , forcés de quitter les campagnes" tombèrent dans la pauvreté. Monsanto avait le vent en poupe et pratiqua l'exploitation de diverses manières. En 1999, la société persuada Menem de l'autoriser à percevoir des "redevances à longs termes" quoique la loi Argentine l'interdit. Des semences de soja Roundup Ready furent également introduites clandestinement au Brésil, au Paraguay, en Bolivie et en Uruguay. Monsanto contraignit ensuite le gouvernement argentin à reconnaître l'institution d'une "taxe technologique". Un Fond de compensation technologique fut donc crée et géré par le ministère de l'agriculture, qui obligea les agriculteurs à payer une redevance de près de 1% sur les ventes de soja transgéniques. L'argent allait à Monsanto et aux autres semenciers.
En 2004, près de la moitié des terres cultivées du pays était utilisées pour la production de soja transgénique. Elles étaient plantées à plus de 90% en Roundup Ready de Monsanto. Ses habitants, sans le vouloir, étaient devenus des rats de laboratoires.
Les cultures argentines ravagées par le Roundup :
En 2005, le gouvernement brésilien céda et légalisa à son tour les semences transgéniques. En 2006, les Etats-Unis, l'Argentine et le Brésil représentaient 81% de la production mondiale de soja OGM. Ainsi, "la quasi-totalité des animaux élevés à la farine de soja dans le monde sont nourris au soja transgénique" . Ceux qui consomment ces animaux se nourrissent par conséquent aussi, à leur insu, de soja transgénique. L'impact de la monoculture de soja en Argentine a pris d'autres formes, qui menacent de s'étendre. Les campagnes ont été considérablement affectées, et d'immenses terrains forestiers ont été détruits.Les agriculteurs qui cultivaient leurs terres traditionnellement à proximité des champs de soja ont lourdement pâti des fumigations du Roundup. Leurs récoltes ont été ravagées, car l'herbicide détruit tous les végétaux qui n'ont pas été génétiquement modifiés pour lui résister. Leurs poulets, disent-ils sont morts et leurs chevaux ont gravement souffert des fumigations. Les humains ont également été affectés, et présentent des symptômes divers-nausées, diarrhées, vomissements et lésions cutanées. On constate, en outre, des naissances d'animaux mal formés, des bananes et patates douces déformées, et certains lacs sont remplis de poissons morts. Les familles rurales observent que les corps des enfants sont couverts "d'étranges plaques rouges", à cause des fumigations.
Quand aux promesses d'augmentation des rendements grâce au soja transgénique, il s'est avéré que les récoltes ont diminué de 5 à 15% par rapport aux récoltes de soja traditionnel. De plus de "nouvelles herbes résistantes" sont apparues, qui ne se sont détruites qu'en triplant la quantité d'herbicide utilisée. Quand les agriculteurs s'en rendent compte, il est déjà trop tard.
Engdahl résume ainsi leur situation dramatique :
- "Il serait difficile d'imaginer un système d'esclavage humain plus parfait". Pire encore, l'Argentine constituait le premier cas type à s'inscrire "dans un plan mondial, élaboré des décennies durant, d'une ampleur absolument stupéfiante et redoutable".
L'Irak reçoit les semences de la démocratie made in USA
Instaurer la démocratie en Irak signifiait éliminer le "berceau de la civilisation" au profit d'un capitalisme débridé. En 2003, l'Irak fut conquis pour son pétrole, mais aussi dans le dessein de transformer le pays en un gigantesque paradis du libre-échange. Le plan était d'une sophistication redoutable : guerre éclair - portant le nom de "choc et terreur", en référence à la doctrine américaine de domination rapide , opérations psychologique sophistiquée, utilisation stratégique de la crainte, occupation et répression, torture et détention de masse, et enfin, le remaniement politique le plus soudain et le plus radical de l'histoire. Quelques semaines ont suffit. L'Irak n'existe plus, le pays est dévasté, sa population accablée, et les pillages économiques effrénés qui ont été commis à une échelle quasi inimaginable resteront impunis.
L'un des objectifs était de donner carte blanche aux géants de la biotechnologie pour transformer radicalement le secteur agricole: le système de production alimentaire irakien devait devenir un modèle pour la culture de plantes transgéniques. c'était là ce que disposaient plusieurs décrets parmi les 100 promulgués par Bremer, et rapidement entrés en vigueur. Les irakiens n'avaient cependant pas leur mot à dire, leur pays étant désormais gouverné depuis Washington via ses représentants locaux, qui résidaient dans la plus grande ambassade américaine au monde, dans l'enclave hautement sécurisée de la "zone verte".
à suivre...
Par Lili la-femme-animee, Vendredi 15 Aout 2008 à 16:34 GMT+2 dans Ma rubrique (article, RSS)






